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Indicatif des vieux

Je vous aime, vous, les vieux,
Quand vous tendez au soleil,
Quand vous donnez à la pluie
Votre peau fanée et basanée;
Quand s'écoule l'eau tiède
D'un orage d'été
Dans les lézardes de votre visage,
Cicatrices des années ;
Et que vous souriez au passé.

 

Je vous aime, vous, les vieux,
Quand votre voix s'élime,
Quand vos lèvres se retirent
Et font génuflexion
A chacun des mots ridés
Qu'elles façonnent, maladroites,
Trahies par des dents
De long temps oubliées;
Et que pourtant, vous souriez au présent.

 

Je vous aime, vous, les vieux,
Quand vos paupières flétries
Découvrent l'eau passée
De vos yeux presque éteints
Et vos pupilles fines
Comme têtes d'épingles;
Et quand ces yeux racontent
Leurs chagrins et leurs joies d'hier,
Et qu'ils sourient encore au passé.

 

Je vous aime, vous, les vieux,
Quand vos pas déréglés geignent
Sur les allées d'un bonheur
Qui vous tourne le dos;
Quand vos gestes engourdis
Ralentissent le temps
Sans pourtant l'arrêter
De leur force chétive;
Et que vous souriez quand même au présent

 

Je vous aime, vous, les vieux,
Quand votre cœur oublie
La cadence de la vie
Et qu'il bat l'anarchie douloureuse;
Quand il dit qu'il est temps
De nouer les coins de vos souvenirs
Et de les agiter une dernière fois,
Et d'oublier tout ça...;
Quand la mort vous invite au futur,
Au futur tellement proche
Qu'on le dirait présent,
Et que votre sourire a peur
A tous les temps.